Une conversation avec Didier Ben Loulou


Né à Paris en 1958, Didier Ben Loulou vit et travaille à Jérusalem. Lauréat de la Villa Médicis hors les murs, il a obtenu une bourse du Fiacre (Fonds d’Art contemporain) et a été récompensé par la European Association for Jewish Culture, Visual Arts Grant. Il est l’auteur d’une dizaine de livres.

Depuis plus de trente ans, Didier Ben Loulou développe une œuvre singulière, inclassable. L’emploi de la couleur y tient une place primordiale. Même si on la voit peu dans son travail, la Méditerranée y est centrale. Elle est ce qui relie et sépare. L’histoire, les signes et surtout l’humain sont au cœur de sa démarche. Rencontre un dimanche matin de mars 2015, froid et ensoleillé, au Sélect, boulevard du Montparnasse.

À la fin des années 1970, tu étudiais l’histoire de l’art. Qu’est-ce qui t’a conduit à la photographie ?

Au lycée, à Paris, je faisais partie d’un club photo. Au départ, je pensais faire les Beaux-Arts. C’était vraiment ce que je souhaitais. Puis finalement, j’ai étudié la photographie et l’histoire de l’art, mais j’ai arrêté mes études très rapidement, car je pensais avoir fait le tour de ce que j’avais à apprendre. Je suis alors parti au kibboutz en Israël. C’est sa capacité à enregistrer du réel qui m’a amené à la photographie. Elle permet d’être concrètement dans le monde, d’être dans le flux de la vie, de l’existence des êtres, de la rue. C’est la force de l’outil photographique d’offrir la possibilité d’être à l’extérieur et non pas dans un atelier enfermé dans une sorte de huis clos avec soi-même, une tour d’ivoire. Pour moi c’est l’un de ses grands atouts.

Tu me disais l’autre jour qu’une exposition de William Eggleston, ici à Paris, t’avait marqué…

Il faudrait expliquer le pourquoi de cet intérêt pour Eggleston. Quand je commençais à faire de la photographie à la fin des années 1970, la majorité des photographes, de ce qui était exposé, de ce qui était défendu de manière générale relevait de l’école et des épigones de Magnum. Ce type de photographie en noir et blanc ou cette orthodoxie du noir et blanc régnait d’une certaine manière. Très vite, la photographie qui m’intéressait et que je voulais pour moi a été une photographie en couleurs. Cela paraît tout à fait aberrant aujourd’hui, car on n’imagine pas la difficulté que cela représentait à l’époque de travailler en couleur. Il y avait cette mainmise et une incapacité chez de nombreux photographes et chez ceux qui s’intéressaient à la photographie à être ouvert à la couleur.

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Cet entretien a été repris dans mon livre Conversations 2 où vous le trouverez dans son intégralité.

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